J'avais envie de passer un week-end pépère et allez savoir pourquoi, je me suis dit que nous allions voir Hannah Arrendt. Mauvaise idée pour une soirée calme, depuis, j'ai le cerveau qui tourne à plein régime.
*Imaginez que là, j'essaie d'écrire un article sérieux alors que l'Homme écoute à fond Être un homme comme vous de la version Disney du livre de la Jungle. Donc si mon propos part dans tous les sens ou s'avère être ridiculement pauvre, c'est de sa faute. C'est juste impossible de se concentrer avec ça dans les oreilles;*
Bref, ce film raconte un des épisodes les plus marquants de la vie d'Hannah Arendt, philosophe juive allemande réfugiée aux Etats-Unis. Alors qu'elle est partie à Jérusalem pour assister au procès d'un ancien nazi, Adolf Eichmann, Hannah Arendt réalise qu'il existe un gouffre entre le monstre dépeint et l'homme qui se tient devant elle.
Hannah Arrendt était une philosophe, un être pensant, à même de s'interroger et d'essayer de comprendre avec une froideur et une rigueur toute intellectuelle sur la portée de ce procès et c'est dans les pages du New Yorker qu'elle expliqua ses réflexions sur la banalité du mal.
Elle évoqua également, en se basant sur les témoignages du procès, la collaboration entre certains leaders juifs et des responsables nazis.
Son erreur fut sans doute de mélanger ces deux aspects dans un seul et même article, ce n'était que dix pages sur trois cents, mais en face d'elle, il y avait des lecteurs qui, pour la plupart n'étaient pas à même de comprendre ses arguments, préférant se laisser guider par l'affect. Du coup, toute sa réflexion sur la banalité du mal a été balayée par la polémique que son article a suscité sur l'implication des juifs dans la Shoah.
Ainsi, Hannah Arendt fut accusée de banaliser le mal et de disculper Eichmann. Je vous passe le couplet sur le "juif qui se déteste", c'est tellement galvaudé et encore tellement usité - et ce, à toutes les sauces - que cela ne mérite pas que l'on s'y attarde. Elle y a perdu des amis et son poste à l'université.
*Ok, maintenant, en plus de la musique, le chat miaule à la mort dans mon dos et me plante ses griffes dans les fesses. Ah et l'Homme se met à siffler. Je vous ai déjà dit que j'en avais marre de ne jamais être seule ? Non ? Eh bien voilà, c'est fait.*
Parler de la seconde guerre mondiale, de la Shoah avec détachement est encore difficile de nos jours. Évoquer ceux qui ont du collaborer pour éviter un moindre mal est encore plus délicat et si ceux qui l'ont vécu disparaissent, leurs descendants portent ce fardeau à leur tour. Pourtant la réflexion d'Hannah Arendt aurait mérité d'être entendue plus tôt. Pour elle, celui qui comment le mal peut être banal. Il est celui qui suit aveuglément les ordres et qui y perd toute notion de bien ou de mal. Il obéit simplement et perd sa faculté d'homme pensant. Pour éviter de sombrer à nouveaux dans de tels extrêmes, il faut donc continuer à penser (et à se cultiver. Ce qui sera le fruit de ses travaux futurs).
J'aime cette idée de la banalité du mal. J'ai toujours trouvé absurde que l'on considère un acte comme "inhumain". A mes yeux, cela n'existe pas et c'est aussi une façon trompeuse de se dédouaner, un "il n'est pas comme nous" convenu et rassurant.
*Bon, je craque. Maintenant il écoute un truc genre Pow Wow, je vais décéder. Tant pis pour mon envie de réfléchir intelligemment. Oh la frustration !*
Je partage ton avis sur l'intérêt de cette idée et sur le fait de ne pas se cacher derrière le qualificatif "inhumain" qui nous permet de nous dédouaner. Ou d'accepter une réalité trop difficile à admettre sans fard.
RépondreSupprimerJ'ai beaucoup aimé ce film quand nous l'avons vu en salle, mais j'ai eu l'avantage de pouvoir en discuter ensuite avec le Paladin sans musique weird en fond sonore ^^
Forcément sur un sujet aussi brûlant que la Shoah, la polémique s'enflamme sans laisser place à autre chose que l'affect, mais cette banalité du mal, au quotidien, reste trop présente et bien présente.