samedi 19 juillet 2014

Du plaisir de lecture

J'ai cru avoir perdu mon plaisir de lecture. Et c'était effrayant. 
Source : www.efficientlifeskills.com
Lorsque j'étais plus jeune, tous les livres me transportaient vers un ailleurs merveilleux et j'adorais me laisser porter par leurs histoires. Je vivais avec leurs personnages et ce, même si je ne suis pas une lectrice qui visualise. Mes héros restent sans visage et je ne sais pas créer un univers visuel. Je crois que je donne vie aux mots eux-mêmes, qu'ils s'impriment en moi sans avoir besoin que la vision serve de médiateur.

Lorsque j'ai commencé à avoir un réel intérêt pour la langue anglaise, ma lecture s'est faite plus analytique, plus lente. Je lisais en essayant de comprendre pourquoi telle ou telle phrase me plaisait. Je la disséquais. Ensuite, j'ai commencé à réfléchir à la notion de traduction lorsque je lisais des textes en français, m'interrogeant sur les nuances de l'anglais impossibles à transmettre en français car il faut faire des choix. 

Sur le moment, je n'ai pas réalisé que cette façon de lire aurait un impact prégnant sur mon imaginaire. Je m'étais coupé les ailes toute seule.

Quand la lecture est devenue partie intégrante de mon travail de thèse, j'ai dû voir les textes comme des idées, des notes à prendre, des raisonnements à décanter pour mieux les intégrer à l'ensemble que je créais. Le texte faisait sens, sans que la forme ait d'importance. 

A côté, je continuais à lire, mais rares étaient les ouvrages qui me donnaient envie de tout abandonner pour poursuivre ma lecture. Il y a eu Le Nom du Vent de Patrick Rothfuss, La Première Loi de Joe Abercrombie ou les ouvrages de Charlotte Bousquet. Ce sont des ouvrages qui offrent une richesse imaginaire forte doublée d'une très jolie plume. Des mondes âpres mais sincères et travaillés pour être passionnants et beaux dans le fond et dans la forme. Ma dernière grosse claque ? La ménagerie de papier, de Ken Liu en mai 2013.

Source : bellesbookshelf.blogspot.fr
Cette dernière année donc, les belles découvertes se sont faites encore plus rares. Je me suis mise à lire moins, d'autant plus que les multiples changements dans les transports n'aident pas vraiment à lire et que le travail de révision s'accumulait. L'Homme était tout le temps là, aussi. Prendre un livre était devenue une sorte d'acte de défi, une affirmation de mon envie d'être par moi-même et d'un ras-le-bol de faire les choses "ensemble". Car après les révisions, si je prenais un livre c'était nécessairement que je ne voulais pas faire quelque chose "avec lui". Et quand je lisais, c'était mécanique. Une page après l'autre. L'évasion n'était plus là.

A présent, les révisions sont finies, l'Homme a un job et même si j'ai un article à rédiger pour septembre, j'ai du temps pour moi. J'ai repris un livre que j'avais laissé de côté et je l'ai fini sans grand enthousiasme. Toujours cette froideur entre le livre et moi. J'ai commencé à me demander si je n'avais pas perdu ma capacité à suspendre le réel pour m'immerger dans un roman. Est-ce que ces années de lecture au scalpel avaient fini par m'empêcher de me laisser porter par les mots ? C'est un sentiment réellement effrayant. Je pense que si je perdais ma capacité à me perdre dans la lecture, je perdrais une partie de moi.

Mais hier, un livre a su me rassurer. Lorsqu'il a fallu que je me fasse violence pour reposer La Passe-Miroir, Les Fiancés de l'Hiver de Christelle Dabos, j'ai su que je pouvais encore me laisser emporter. Il s'agissait seulement de trouver le bon roman au bon moment.

3 commentaires:

  1. Ca me donne envie de lire tout ca... Ca fait (trop) longtemps que je n'ai pas ouvert un livre.... et la j'en ai meme pas un seul a disposition o.o

    Contente que tu n'aies pas perdu ton sens de la lecture en tout cas =)

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    1. Merci :)
      Je sais que c'est moins confortable mais tu pourrais essayer de lire sur le pc ?

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    2. Les mangas sur pc ca va, mais les livres... j'ai tente une fois et j'arrive pas... en plus bizarrement ca me donne mal a la tete...

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