mardi 15 juillet 2014

De l'image

J'ai choisi de rebondir sur l'article de The Heartless Witch (qui est tout sauf heartless d'ailleurs) et de m'ouvrir un peu. 
Mes talents de dessinatrice sont limités ^^


Je ne me suis jamais considérée comme fine. Je suis la "costaud" de la famille comme le disait si joliment ma grand-mère. J'étais celle à qui l'on disait "tu es sûre que tu veux en reprendre?" tout en maugréant si je disais non. Petite, j'avais droit à "qu'est-ce que j'aurais aimé une petite fille élégante!", "mais cette jupe est trop courte, on voit tes genoux, ce n'est pas possible, tu ne peux pas porter ça"...

On m'a bien fait comprendre que j'étais différente des autres petites-cousines (du côté maternel). Ma grand-mère maternelle s'habille encore aujourd'hui en 36. Bizarrement, je fais à peu près le même gabarit que ma cousine germaine (paternelle) mais certains ne sont apparemment pas très doués en génétique dans ma famille.

Mon arrière grand-père paternel était un peu le Gregor Clegane du coin à ce qu'il parait. Mon père était également grand et ce, que pour un homme, on qualifie de "bien bâti". Sauf que quand tu es une fille, tu n'es jamais "bien bâtie". Personne ne vantera ton ossature digne de Wolverine (enfin sauf le médecin qui m'a assuré que je ne me casserai jamais rien) dont le poids te fait directement passer de la case "normale" à "obèse" aux yeux de certains professionnels qui ne sont pas foutus d'ouvrir les yeux et ne voient que des chiffres.

Alors oui, je suis "costaud" mais j'étais aussi musclée. Je faisais 3h de danse par semaine puis je suis passée à 9h de natation synchronisée hebdomadaire. Je ne compte pas la musculation et les compétitions.
 
A côté des autres nageuses, je me sentais mal. A cette époque, j'avais 16-17 ans. Le travail de sape de ma grand-mère avait bien porté ses fruits. Je me sentais trop grande, trop large, trop tout. Je rêvais de mesurer vingt centimètres de moins et de simplement passer inaperçue.
 
C'est à cette époque que j'ai eu mon premier petit ami. A ces yeux, je me sentais belle et je sais qu'il me trouvait belle également. Sauf qu'il a choisit de m'appeler "affectueusement" mon petit hippopotame. Pas la peine de vous expliquer le résultat....sauf que quand j'ai revu les photos, j'étais en pleine santé et ce n'est que des années plus tard que j'ai compris à quel point ma vision de moi-même était déformée. A ce moment de ma vie, je n'avais jamais été la bonbonne débordante de graisse que je pensais voir dans la glace.
 
Quelques années plus tard, une voiture m'a fauché le bras alors que je marchais sur le trottoir. Mon torse a pivoté sur son axe, tordant ma colonne et écrasant un disque lombaire. Sur le coup, je n'ai rien senti puis, quinze jours après, j'ai fait une sciatique paralysante. Je suis tombée à terre, comme ça, en me levant d'un fauteuil. Je ne sentais plus mes jambes. J'ai passé quinze jours sans pouvoir marcher.

Fini le sport. Là, pour le coup, j'ai pris trente kilos. J'étais devenue celle que les autres voyaient. Quelques douleurs au cœur lorsqu'un garçon disait "tu me plais mais je n'oserais pas m'afficher avec toi. Tu comprends?" Le pire, c'est que je comprenais sa gêne vu que j'étais moi-même gênée par mon propre corps.

Pourtant, je n'ai été que rarement célibataire, je plaisais, mais cela suffisait pas à me rassurer du regard des autres, moins bienveillants, et du poids que ma famille avait fait pesé sur moi. 

Suivant les conseils de mon kiné, j'ai perdu presque tous les kilos que j'avais pris - presque car e ma poitrine a apparemment apprécié cette montée de gamme et que rien ne lui fera lâcher quelques centimètres. Pour autant, je ne me sentais pas bien. J'étais avec quelqu'un que je voyais une fois par mois et qui ne voulait pas me présenter à ces amis. Même si cela n'avait rien à voir avec mon apparence (ou pas), j'avais déjà trop vécu ça. Ce sentiment de honte. Il ne veut pas se montrer avec moi, je n'en vaut pas la peine. Donc je me suis persuadée que c'était normal, que je devais acceptée cette situation car c'était mon dû et je me suis étiolée.

L'Homme est celui qui m'a donné la force de relever la tête. Il m'a montré ce qu'il aimait chez moi et m'a appris à me trouver belle. J'ai cessé de m'étioler et je me suis à nouveau épanouie. De l'extérieur, j'ai changé également, délaissant un peu mes corsets pour des tenues plus vintage et plus colorées. Je ne sais par quel miracle, le regard de ma grand-mère a changé également. Maintenant, je suis "jolie". En tout cas, je me sens mieux.

Je ne dirais pas que je me sens toujours bien et belle et en accord avec mon image. Je n'aime toujours pas mes bras et puis il y a tout simplement des jours où ça veut pas. Mais je ne vis plus dans le rejet de mon propre corps et j'ai réussi à me détacher de la malveillance d’autrui. J'ai appris à accepter que ce tout, c'était moi et que c'est ce qui compte. Je dois compter à mes yeux. Alors cet été, je ne me cacherai pas dans ma serviette et j'irai à la plage dans mon maillot deux pièces. Le premier qui me regarde de travers aura droit à mon plus beau sourire, c'est la meilleure façon de répondre aux imbéciles et à ceux qui pensent avoir un droit sur autrui.

5 commentaires:

  1. Bien dit !
    <3

    Moi aussi je veux aller a la plage c.c
    (desolee dnas mon etat actuel j'arrive pas a faire plus profond...)

    RépondreSupprimer
  2. Je suis sûre que tu seras superbe en deux pièces :)
    C'est long de remonter la pente quand la famille te sape la route sous les pieds...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En tout cas, je n'ai vu personne succomber d'une crise cardiaque sur mon passage :D

      Supprimer
  3. Le travail de sape je connais. Même si c'est parfois maladroit, c'est bien la . Pour ma part, je rajouterai aussi le travail de mes "charmants condisciples" (Connards! A mort!) qui m'a bien aidée à me voir de manière bien déformée. Comme toi j'ai rencontré quelqu'un qui m'a fait me sentir jolie et bien dans ma peau. Comme quoi :)

    T'as pas eu de pot avec la voiture, ça devait être impressionnant. En plus le bras devait être dans un bel état en plus du reste.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En passant quelques jours avec ma grand mère, j'ai eu la joie d'entendre à nouveau ses commentaires sur les gens : "Tu as vu le nez de cette dame? Il lui déforme le visage. Pauvre femme, sa vie ne doit pas être facile"....

      Et pour le bras, rien. C'est d'ailleurs pour cette raison que je ne me suis pas inquiétée. Aucun bleu, rien. Comme un accident au ralentit.

      Supprimer