Parfois, l'Homme me propose un film. Ce fut le cas de 38 témoins dont je n'avais jamais entendu parler.
Alors que le générique défile, je réalise que le film se passe au Havre. Bizarrement, je me suis sentie très nostalgique. C'est assez étrange. Quand j'y vivais, je trouvais la ville triste et grise. Pour autant, en voyant le port et la plage, j'ai eu envie d'y retourner, de me balader sur la promenade et d'aller en pleine tempête au bord de la digue voir les vagues gigantesques. En fait, c'est surtout la mer qui me manque, elle fut une compagne fidèle et attentive.
| Ça c'est le Havre, la rue de Paris. Quand je vous disais "gris et triste" |
Bref, passez le coup de blues initial, je me suis intéressée à l'intrigue : Alors qu'elle rentre d'un voyage professionnel en Chine, Louise découvre
que sa rue a été le théâtre d'un crime. Aucun témoin, tout le monde
dormait. Paraît-il. Pierre, son mari, travaillait. Il était en mer. Enfin, c'est ce qu'elle a cru jusqu'à ce qu'il lui avoue qu'il a tout entendu et que personne n'a pu ne pas entendre les cris de la victime...
Soyons clairs : ce film n'est pas un thriller, ce n'est pas non plus une enquête qui vous mènera droit au coupable. Le rythme est lent, presque figé, très introspectif et les répliques de Pierre (Yvan Attal) sont trop écrites, trop travaillées pour ne pas sembler décalées. Il manque quelque chose, comme si le réalisateur avait voulu trop en dire et qu'il s'était perdu en route.
Ce qui compte c'est l'humain et les failles de chacun. C'est aussi le portrait de la lâcheté et de l'oubli que s'offrent ces hommes et ces femmes pour mieux étouffer leur culpabilité.
38 personnes entendent les cris de détresse d'une femme en danger et personne ne réagit. Pas un n’appellera la police. Le réalisateur nous invite à ne pas juger sans comprendre, sauf que je ne comprends pas. Il nous indique aussi que l'on ne peut comprendre sans juger alors que le personnage de Pierre demande une punition pour sanctionner son acte. Malheureusement, cette punition ne vient pas de la justice elle-même. Pierre ne reçoit que l’opprobre de ceux qui se sont tus et le mépris de sa compagne. Ce film m'a laissée très songeuse sur ce qu'est devenu l'humain.
Le film est une adaptation du roman de David Decoin, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, lui-même basé sur le meurtre de Kitty Genovese en 1964 à New York. Ce que j'ai trouvé intéressant, ce sont les conséquences de ce meurtre et ce que l'on a pu en conclure sur la nature humaine à l'aune de la non-réaction des témoins.
Ainsi, comme l'indique Wikipedia, le meurtre de Kitty Genovèse fut le point de départ de nombreuses recherches en psychologie sociale tentant d'expliquer ce phénomène maintenant connu sous le nom de l'effet du témoin ou « effet spectateur ». Le film le démontre très bien.
En gros, plus il y a de personnes assistant à une situation d'urgences moins il y a de chance que l'un d'eux se décide à porter son aide. Pourquoi ? Parce que chacun se dit qu'un autre le fera selon un principe de diffusion de la responsabilité.
Au final, 38 témoins m'a laissé avec un sentiment de malaise et en pleine réflexions sociétales. Si le film se clôt alors que la question morale que pose le film reste ouverte, est-ce au spectateur de trouver une réponse ?
La question morale n'est en effet que trop d'actualité... On peut le constater dans une moindre mesure bien souvent dans les transports : combien de gens interviennent quand une situation dégénère ? Combien se contentent de regarder avidement ?
RépondreSupprimerDans le cas de KG, ce qui est atterrant c'est qu'elle ait eu la malchance de tomber sur un échantillon de population particulièrement abject... Il aurait suffi d'un seul...