Quand j'étais plus jeune, Noël ressemblait à une tâche administrative, un moment sensé être privilégié mais qui me rappelait que mes parents étaient divorcés. Noël était pour moi le moment où il était évident qu'il y avait quelque chose de cassé, vu que l'on ne pouvait pas être ensemble. C'était aussi le seul moment de l'année où j'avais l'impression que mes parents m'envoyaient de l'un à l'autre.
Le rituel était bien huilé. Le 24, avec papa, chez ses parents, puis le 25, avec maman, chez les siens.
L'âge avançant, j'ai pu m'émanciper de tout ça. Avoir une belle famille, ça casse le rythme, on ne peut plus respecter cette mesure binaire.
Papa me disait alors :
"Tu viens chez les L. ?"
Ouais parce que du côté de mon père, on est tous tellement proche que l'on s'appelle par notre nom de famille. Du coup, j'ai vraiment fui autant de fois que possible. Maintenant, je regrette de l'avoir laissé seul avec eux, de l'avoir privé de mon soutien, juste pour ne pas avoir à les supporter eux.
Parce que le 25, j'allais quand même voir ma mère et papa était souvent coincé avec son autre famille. Il passait souvent, le midi, chez mes grands parents, sous prétexte d'aller chercher une baguette, juste pour passer un peu de temps avec moi, avec nous. Et ce n'est que maintenant que je comprends à quel point Noël devait être nul pour lui aussi.
Noël dernier, j'ai eu envie de le fêter vraiment. Il n'était plus là et je me suis dit que les autres, ceux qui restent, méritaient que l'on soit bien présents pour eux. Ma mère n'a pas pu, elle a pris le chemin inverse, se disant que s'il n'était plus là, ce n'était plus la peine. Au final, pour la première fois, je n'ai pas fait les fêtes chez moi.
Cette année, ma mère et mes grands-parents viennent le 25. Après tout, le 25 a toujours été leur jour. Et pour la première fois depuis mes douze ans, on sera "tous" ensemble, en famille, à Noël.
*câlin*
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