lundi 27 octobre 2014

Neil

Je m'étais dit que j'écrirai un article plus tard, mais alors que j'étais en pleine phase de mémorisation de son regard, de sa voix, de ce qu'il a dit.... je me suis dit, écris maintenant. Ne laisse pas s'échapper ce moment.
 
 

J'ai rencontré Neil Gaiman. J'ai pu écouter parler Neil Gaiman pendant près de deux heures et j'en suis ressortie émerveillée et touchée par l'intelligence brillante et la gentillesse de l'homme, celui qui vit au-delà de l'écrivain.

Ce que je retiens en premier lieu, c'est son regard. Je ne crois pas avoir déjà croisé un regard à la fois si intense et bienveillant. Je ne suis pas quelqu'un qui regarde beaucoup les gens dans les yeux, c'est pour moi un contact tellement intime, tellement tangible, que je m'en préserve tout en le réservant à quelques personnes. Mais là, je me suis retrouvée happée par ce regard dont je n'arrivais pas à me détacher. Un regard qui crée une bulle, qui nous fait nous sentir vivant, et humain, mais tout petit aussi. Car c'est un regard qui brille d'une intelligence si vive, que l'on se sent forcément tout petit face à ce que ce regard peut appréhender. Ce sont des yeux qui voient le monde différemment. Il suffit de le regarder pour s'en rendre compte. 
 
Ensuite, viennent sa gentillesse et son empathie. J'ai vraiment eu le sentiment de vivre un moment privilégié, un peu hors du temps,et d'assister à une discussion plus qu'à une conférence de presse. Neil Gaiman prend le temps de répondre et révèle beaucoup de lui-même. Il s'ouvre en toute honnêteté sur ses sentiments pour sa fille Maddie, qui était présente, ou pour sa femme, Amanda. C'est donc à la fois quelqu'un qui est très à l'écoute et un être humain, très humain, qui donne beaucoup de soi, sans réserve. Il n'a cessé de rappeler à quel point il avait de la chance de pouvoir écrire ce qu'il voulait et de mener la vie qu'il mène. Il dégage énormément de sérénité.



L'interview ne s'est pourtant pas déroulée comme je l'aurais souhaité. Il s'est passé ce qui ne devrait jamais arriver en interview quand on prend un tant soit peu le temps de réfléchir et de bien s'organiser: le premier est arrivé en retard pour son interview, et donc la conférence de presse a pris du retard... et c'est mon interview qui s'est vue charcuter pour qu'il ne soit pas en retard pour la suivante. Temps encore raccourci par ceux qui voulaient une dédicace (ceux-là mêmes qui devaient déjeuner avec lui le midi, moi pas).

J'ai donc démarré l'interview en prenant les questions dans le désordre, stressée que les gens qui m'avaient confié leur question pourraient ne pas avoir de réponse. Je ne me sentais pas seule sur ce coup-là, j'avais la responsabilité de ces questions - elles étaient importantes pour ceux qui, quelque part, voulaient être là quand même, même l'espace d'un instant et créer un lien entre eux et Neil Gaiman. 

Et c'est lui qui a senti ma panique. Il m'a pris la feuille des mains, me disant "montrez-moi vos questions" et il les a lues une par une, répondant à chacune, même si ce n'était que brièvement. J'ai bien posé une ou deux questions tartes, mais j'espère qu'il me pardonnera. En tout cas, il y a répondu quand même, pendant que je me morigénais intérieurement de perdre ainsi mes moyens (je hais le stress, on ne peut pas dire qu'il me fasse briller en société).

Puis on nous a coupé, j'ai eu une minute pour prendre une photo, photo-bombée par une fu**ing bouteille d'eau...

Pour autant, alors que quelques heures se sont écoulées, je me sens sereine vis-à-vis de ce moment et heureuse de l'avoir vécu car, après tout, pendant dix minutes j'ai parlé avec Neil Gaiman. Et même s'il n'était pas l'auteur qu'il est, cela en aurait valu la peine car je suis persuadée qu'il est un être humain exceptionnel. Malgré la bousculade et les chamboulements, il a su rendre ce moment unique, comme s'il avait bloqué le temps rien que pour moi. Et ça, il fallait que je le rende intemporel à mon tour, en le notant ici.

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