lundi 10 juin 2013

Sous l'aiguille

Cela fait des années que je suis passée pour la première fois sous l'aiguille. J'avais dix-huit ans et deux mois et elle n'était pas très douée - ou simplement pas très impliquée. Je suis me retrouvée avec un tatouage trop petit, mal placé alors que je voulais l'adorer.

Deux ans plus tard, j'ai choisi d'orner le bas de mon dos d'un motif tribal. Pour moi, c'était la quintessence du motif non-figuratif, une modification esthétique, une mise en valeur d'une zone de peau que je n'aimais pas.

A mesure que mon goût pour le tatouage s'affinait, j'ai commencé à moins aimer ces marques. J'aime les moments qu'elles représentent et elles feront toujours partie de moi, mais le manque d'unité et de cohérence a fini par susciter un certain malaise. 
 
Crédit photo : http://www.corps-et-graphe.com/wp/news/, modèle Kalika (http://www.soundofsilence.book.fr/)
 

En 2007, j'ai montré mon dos à un tatoueur dans l'optique de voir "ce que l'on pouvait faire". Il s'est mis à rire avant de s'écrier : "il y a du boulot!" Il n'a pas compris que ce "boulot" était mon dos, et que je devais vivre avec. Le malaise s'est transformé en gêne.

J'ai appris à ce moment qu'il y avait deux sortes de tatoueurs : les artistes et les autres.

Depuis, j'ai beaucoup regardé. J'ai aussi beaucoup réfléchi à l'engagement que représente un tatouage et je ne suis plus si partisane du tatouage spontané si cela fait de mon corps un patchwork hétéroclite. Certes, le corps devient alors un témoin de son propre vécu ou du vécu des autres, comme Najma dans la très belle série de Charlotte Bousquet, la Peau des Rêves, mais j'aime à présent l'idée de concevoir chaque tatouage comme une pièce d'un motif plus vaste.
 
Je souhaite que mon dos devienne un tableau, la toile vivante et l'expression du talent d'un artiste que je respecte. Je souhaite que ce tableau reflète l'unité à laquelle j'aspire, qu'il me réunisse dans le reflet de ce que je suis. J'ai trouvé celui à qui j'ai envie de confier ma peau.
 
Je suis prête à repasser sous l'aiguille.

9 commentaires:

  1. Tu as une idée de ce que tu veux faire ? =)

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    1. Oui, mais comme le dessin est en cours d'élaboration et que je me garde la possibilité que les choses évoluent, je la garde pour moi :)

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  2. J'ai beaucoup ce texte. Il est empreint de douceur et de maturité :)
    Je ne suis jamais passée sous l'aiguille mais j'y ai pensé souvent, avec des réflexions similaires.

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    1. Merci :)
      Pour ce qui est du passage à l'acte, je pense qu'il faut prendre son temps, que ce soit pour bien choisir son tatoueur ou pour mûrir le dessin. Rien ne presse, après tout :)

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  3. J'aime bcp l'idée du tableau :)

    Par contre, je ne connaissais pas l'anecdote du tatoueur que tu avais vu en 2007... Sympa, le gars...

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    1. Merci :)
      Et oui, très... mais ça apprend à faire le tri ^^

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  4. Pour moi, les tatouages sont aussi une manière de donner au corps une forme d'âme. c'est pour cela, effectivement, que cela reste une démarche réfléchie, voire conceptuelle... bref, j'ai hâte de voir ce que te donnera ton tableau personnel, avec ses sous-couches et son vernis!

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  5. J'ai hate de voir ce que ca donnera =)

    J'ai beaucoup aime ta facon de raconter ton evolution sur le sujet.

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  6. Avant toute chose, je dois le dire, j'ai cru au titre que tu allais faire un article sur les vaccins ou les prises de sang...Je me suis dit, "mais pourquoi elle écrit ça?" ça m'aurait surement plus mais finalement j'ai été agréablement surprise :p

    En tout cas j'ai le projet d'y passer un jour en tout cas, pour un motif qui me tient toujours à cœur, une référence littéraire un peu gênante. ( Non ce n'est pas "i love edward" je te rassure) Mais j'attends toujours pour être vraiment sûre, encore des années. ça devrait faire tout le dos.. Mhhh il me manque aussi le portefeuille j'avoue :p

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