lundi 19 octobre 2015

De l'usure

Pour écrire ici, je réalise qu'il faut que je me sente bien car, dans ces moments, j'ai envie de partager ce que je vis. Or, ces derniers temps, le malaise intellectuel que je ressentais à fini par avoir de réelles conséquences sur ma vie de tous les jours. 

En un mot (ou pas...), mon collège est en train d'essayer de me digérer. 
 
 
La plupart des mes élèves ont des problèmes qu'un adulte aurait du mal à gérer. Ils viennent au collège car ils n'ont pas le choix mais certains, au vu de ce qu'ils vivent, ne comprennent vraiment pas ce qu'ils font là et pourquoi je m'échine à vouloir leur apprendre de l'anglais. Ils ne se projettent pas. Rien d'autre n'existe que demain ou, au mieux, la semaine prochaine. Donc inutile de leur dire que c'est pour leur bien, pour plus tard. 

Certains ne veulent donc pas que je fasse cours, et le font savoir. Quant aux autres, ils me disent de faire cours "comme si les autres n'étaient pas là" et je sais qu'ils aimeraient que ce soit réellement  le cas. La classe (mes classes) sont clivées. 

Mes collègues font ce qu'ils peuvent et sont très investis, trop peut-être, pour mon bien. Ils m'envoient des rapports détaillés sur la classe dont je suis professeur principale, même le week-end. SURTOUT le week-end, pour me dire "eh bah tu sais, machine, elle a encore fait ça, tu devrais faire quelque chose". Essayez de décrocher quand on vous remet le nez de force dedans. Et sinon oui, c'est évidemment que je me tourne les pouces, hein? Oui, j'ai déjà évoqué la commission de suivi, non elle n'est pas en place parce que (tu l'as sans doute oublié en m'envoyant ton put*** d'email) je suis en arrêt maladie. 

Quant à moi, je me bats entre mes idéaux, mon envie de leur apprendre pleins de choses, de ne pas viser le plus bas parce qu'ils méritent autre chose et ce que je peux réellement faire en cours. Question à dix mille euros: comment mettre en place de l'actionnel quand ils ne savent déjà pas gérer le rapport prof/élèves? Le temps que je perds à régler des conflits qui n'ont rien à voir avec le cours, à leur parler confiance, à essayer de leur donner envie d'apprendre, alors que l'on avance que très peu....je passe des heures à chercher des solutions, à revoir ce que je vais faire, ce que je peux faire, à me motiver, à ne pas baisser les bras... et au bout d'un mois, je suis déjà usée. 

3 commentaires:

  1. Oh la la... courage ! Ca n'a jamais été facile d'enseigner (ceux qui le disent mériteraient un poing dans la figure, parce que n'importe qui ayant été dans un collège sait que les élèves peuvent être insupportables et que la plupart des profs sont au bout du rouleau).

    Malheureusement je pense que pour réussir à être un enseignant équilibré, il faut arriver à un stade où tu mets des distances avec tes sentiments pour des raisons de santé mentale. Tu ne peux pas tout prendre sur toi ni aider tout le monde, et à un moment tu te sens obligé de ne faire que le minimum syndical, ce pour quoi on te paye, et c'est tout.

    En tout cas, si en un mois tu es déjà usée comme ça, c'est que quelque chose ne va pas. Fait attention à ta santé et courage !!

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    1. Merci :)
      J'essaie de prendre du recul et de relativiser. J'y travaille. Je dois aussi revoir ce que j'attends d'eux et de moi.
      Comme je l'ai dit, les collègues n'aident pas - enfin surtout un - qui ne comprend pas que "m'agresser" dans ma bulle familiale, c'est beaucoup trop. Chacun à le droit de décrocher de son job, d'autant plus quand c'est un travail émotionnellement fatiguant.

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  2. Je rejoins Boo : c'est très dur, mais il faut réussir à mettre une distance, à couper travail et maison.
    J'ai mis du temps. Aujourd'hui, encore, j’ai parfois du mal.
    Il faut aussi se rappeler, aussi dur que cela soit, que c'est un métier et non un sacerdoce. Et aucun métier ne vaut qu'on se rende malade pour lui.
    Courage !

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