mardi 5 mai 2015

Nos mères

Il y a quelques années, l'Homme était extrêmement critique vis-à-vis de ma mère. Je pense qu'elle n'était pas assez bien pour lui. Pas assez ouvertement lettrée, pas assez à l'écoute, trop stressée, etc. Sa manie de tout répéter trois fois n'aidait pas non plus. Sauf que c'est ma mère.
Par contre, sa mère était sur son piédestal, bien haut au panthéon des mamans idéalisées. Il faut le reconnaître, sa mère est quelqu'un de brillant et sans son appui, j'aurais sans doute eu beaucoup plus de mal à terminer ma thèse. Pour autant, elle peut-être terriblement possessive. Le chantage affectif, qu'elle pratique de façon inconsciente, est une de ses spécialités. Elle peut aussi être terriblement péremptoire et autoritaire. Sauf que c'est sa mère. 

On ne parlait donc pas de nos mères. Chacun la sienne et les poules seront bien gardées, n'est-ce pas?  Pourtant depuis quelque temps, nos mères ont changé. La mienne s'est de nouveau ouverte sur le monde. Elle ouvre petit à petit la carapace qu'elle s'était créé après le décès de mon père. Elle s'est fait des amies, elle fait du sport, part en vacances. Je la vois s'épanouir, même si elle continue à répéter trois fois la même chose.


Sa mère, par contre, devient de plus en plus colérique. Sa nature à fleur de peau fait qu'elle ne supporte plus la moindre critique et attend que l'on capitule devant elle. Systématiquement. Il faut aussi que l'on se soumette à ses décisions, même s'il s'agit simplement de choisir quand regarder The Hobbit en BluRay. Si elle a décidé, c'est comme ça. Quand on parle de la possibilité d'avoir des enfants, elle répond simplement "non". D'ailleurs, elle nous envoie de plus en plus souvent des sms avec "nous avons décidé à la majorité que ce serait mieux si...." Pour le moment, ce n'est pas encore un "nous" de majesté mais autant dire que c'est hypothétiquement perdu d'avance pour nous. Nous ne sommes que deux, je ne suis pas sûre que la voix du chat compte, et à moins d'accoucher soudainement de triplés... Mais bon, je n'ai jamais bien supporté l'autorité mal placée donc autant dire qu'avec nous deux, cette attitude ne fonctionne pas très bien.

Je n'osais pas en parler, parce que cet accord tacite de non-agression parentale tenait toujours. Comment oser dire que l'on s'inquiète - ou que là, elle est en train d'envahir mon espace vital de façon bien moins sexy que Patrick Swayze - sans rompre cet accord et émettre un commentaire (à défaut d'un jugement) sur celle-que-l'on-ne-doit-pas-écorner. Et sans que cela ne se termine par un "oui bon, et toi? On en parle de ta mère?" finalement, c'est lui qui a pris la parole, sans doute parce qu'il s'inquiète aussi de cette crise de tyrannite aiguë.

Si c'est déjà l'âge qui frappe à la porte, je pense qu'elle n'aura rapidement rien à envier à Tatie Danielle. A l'inverse, je ne désespère pas de transformer la mienne en moine quasi-Zen. Je crois que nos mère ne seront jamais sur la même trajectoire. Mais c'est ma mère et c'est sa mère.

2 commentaires:

  1. J'aime beaucoup ton article car tu pointes quand même un sacré malaise. J'aimerai pas beaucoup qu'on fasse remarquer des choses sur ma mère car elle est sacrée pour moi, même si évidemment elle a certainement des défauts ^^. Je supporterais d'autant moins si ça venait de ma moitié et je pense que je piquerais une crise si on osait prendre des décisions pour moi ^^

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    1. Merci. Et tu sais, je n'aime pas beaucoup que l'on fasse des remarques sur ma mère ;)
      Disons que j'ai simplement compris qu'une attaque frontale ne servait à rien et je pense que j'ai fini par accepter que s'il m'a choisie moi (et inversement), ce n'est pas le cas de nos mères, qui venaient avec le package ^^
      Pour ce qui est de prendre des décisions pour nous, elle peut toujours essayer...mais c'est perdu d'avance. Et là dessus, je sais que l'Homme sera intransigeant également :)

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