Lorsque les attentats ont eu lieu, je n’étais pas dans mon
établissement. J’ai longuement discuté avec mes collègues qui ont eu à
faire face à la mise en place de la minute de silence.
En effet,
mon établissement n’a pas échappé à certains débordements : refus de
faire la minute de silence, rires, etc. Il a fallu expliquer la
différence entre un acte de guerre et un attentat, expliquer ce que
représente une atteinte aux valeurs de la République, faire la part des
choses entre caricature, satire et incitation à la haine raciale. Évoquer la laïcité face à des élèves profondément croyants.
J’ai
tenté de me mettre à leur place mais je ne sais pas si j’aurai su
trouver les mots pour répondre à leurs interrogations et surtout su
trouver la patience de répondre à leurs provocations. Certains de mes
collègues ont présenté plusieurs dessins satiriques, expliquant que
chaque obédience avait été caricaturée, qu’il ne s’agissait pas
d’islamophobie. D’autres collègues ont parlé de Voltaire, de Montaigne
et de la liberté d’expression. Enfin, certains ont ouvert le débat en
lieu et place de leurs cours.
Lorsque je suis retournée au
collège, le vendredi, certains voulaient poursuivre les débats tandis
que d’autres revendiquaient le besoin de « passer à autre chose ».
Beaucoup étaient choqués des « c’est bien mérité » qu’ils avaient
entendu et s’interrogeaient sur leur attitude face à la classe.
Avaient-ils bien agi ? Avaient-ils su répondre aux interrogations des
élèves ? Aurait-on pu faire autrement ?
Pour ma part, j’ai fait
cours normalement et aucun d’eux n’a souhaité en parler. Deux semaines
après, alors que le débat fait toujours rage hors des murs, les élèves
semblaient bien être passés à autre chose. Et je suis tombée sur ceci :
Celui sur Charlie a en partie disparu car une élève est sortie
de ses gonds en le voyant et s’est précipitée pour l’effacer. J’ai dû
lui expliquer qu’effacer ne résout rien, qu’au contraire, il faut que ce
soit vu et que cela amène un dialogue. J’espère avoir été entendue. Les
deux tags ont été photographiés et envoyés au chef d’établissement qui
mène une enquête (qui restera sans suite, car comment prouver qui a
écrit et quand). Mais ces images, les deux ayant été trouvées dans le
même cours, m’ont laissées bien songeuse.
Rien n’est résolu.
Comment amène-t-on le dialogue ? En tant que prof de langues, quelle est
ma place ? Quel est mon rôle ? Comment se positionner et se faire
écouter quand nos valeurs s’opposent à celles des familles ?
Toutes
ces interrogations tournoient et je m’interroge sur ma place, sur ce
que l’administration appelle « le positionnement » de l’enseignant. Pour
l’instant, et alors qu’une sorte d’inconfort s’installe dans
l’établissement, je n’ai pas de réponse.


C'est très dur de trouver les mots et les manières, surtout que certaines matières s'y prêtent moins que d'autres (en français et en HG, c'est plus simple à introduire).
RépondreSupprimerMoi, je suis blasée qu'on tape à présent sur l'école comme responsable de tout : nous jouons un rôle, certes, mais si les parents tenaient aussi le leur, ainsi que les institutions, ça serait plus simple ! Si notre parole était plus soutenue déjà...
Il est toujours plus facile de pointer du doigt que de faire face à sa propre part de responsabilités.
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